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lundi 12 janvier 2009

Comment garder la ligne pendant les fêtes ?

20 avis

Ça ne loupe jamais. Chaque année je me documente. Je prends tous les fascicules de la pharmacie, je compulse frénétiquement le Vidal, j’explore grâce à Google toutes les pages Internet existant sur le sujet.

Les scientifiques sont unanimes et ils n’ont, presque, qu’un seul conseil à la bouche : « lavez-vous les mains ». C’est pourquoi, dès les premières épidémies, je passe mon temps dans la salle de bains. Je laisse mes mains sous l’eau cinq minutes et je les savonne soigneusement avec un savon antiseptique. Puis je brosse mes ongles. Je finis par ôter toute trace d’humidité avec une serviette de toilette propre. Mes mains râpent et je me ruine en crèmes hydratantes mais je me sens plus tranquille ainsi.

Ce qui est le plus difficile c’est d’imposer cette propreté draconienne à mon entourage. Aloysius hurle dorénavant dès que j’essaye de l’entraîner dans la salle de bain. Côme se fâche quand je lui demande s’il s’est bien lavé les mains avant de passer à table. Et Hermance… Et bien Hermance rit lorsque je tente de savoir quels ont été ses derniers soins hygiéniques. Après quoi, il presse d’une main sur mon crâne pour que je m’agenouille devant lui…

J’ai beau ruser, faire laver les poignées de portes par ma bonne dix fois par jour, imposer le port de gants à l’extérieur, la gastro-entérite finit toujours par arriver chez nous. Et généralement elle s’en prend à moi.

Cette année je n’y ai pas coupé. Je me suis couchée un soir en sentant de curieux gargouillis dans mon estomac. Deux heures plus tard j’étais assise sur les toilettes et je vomissais dans le poubelle…
Côme, bien sûr, n’a pas manqué de surgir. Ebouriffé, dans son pyjama rayé, il n’avait pas vu qu’il y avait de la lumière sous la porte et, dans mon état j’avais oublié de tirer le verrou. D’aucuns sans doute auraient trouvé cela drôle. Pas Côme. Il a refusé de m’adresser la parole pendant deux jours après m’avoir vue dans cet état.

Qu’importe. Je suis la seule de mon entourage, qui, le 1er janvier, pouvait se targuer d’être plus mince que le 24 décembre. Ma mère me couvait d’un œil jaloux et mon beau-père me pinçait les fesses.

Quant à Hermance, il a fini par m’entraîner dans le dressing… Il voulait vérifier que je n’avais pas maigri de partout…

Image : Monica Bellucci

mardi 1 juillet 2008

Avanie arrache des dents

9 avis

Ayant passé la plus grande partie de ma vie dans un pensionnant dirigé par des bonnes-sœurs, en Suisse, j'ai appris que, bien entendu, mentir c'était mal.
Dieu l'a décrété, les bonnes-sœurs nous l'ont fait répéter en boucle, Mère me l'a rabâché. Soit.

Ainsi, pendant des années je me suis exercée à la sincérité.

J'annonçais, poliment :
"Mère, je trouve que vous avez grossi. Ou alors, c'est votre robe qui ne vous sied guère.
Mon père, ravi, s'écriait :
- Eusebia, écoutez votre fille puisque la vérité sort de la bouche des enfants !"

Mais mère me fusillait du regard et ne m'adressait plus la parole pendant trois jours.

De même, lorsque je répétais à la Mère Supérieure que mon père la surnommait "Le vieux chameau", je me voyais privée de récréation des semaines entières.

J'ai vite compris que la vérité devait parfois être passée sous silence.

Dans certains cas, il est même nécessaire de mentir, de vive voix.
Hélas. Que ceux qui ne sont pas d'accord prennent ma place, à la tête de quelques domestiques, mariée et mère, entourée de cousins aux mœurs légères.

Que dire lorsque mon époux, lors de notre nuit de noces, penaud, m'a demandé si j'étais déçue ?

J'ai protesté : "Côme adoré, pardonne mon silence mais je suis tellement comblée, au contraire, que je ne trouve de mots assez grands pour décrire ce que j'ai ressenti."

Le lendemain, il m'a offert un nouveau diamant.

J'ai eu, depuis quelques années que je suis devenue Madame de, l'occasion de parfaire mes réponses, prétextes et autres entorses à la vérité.

Toutefois, lorsque Shana, de retour, aujourd'hui, s'est enquise, des braises dans les yeux :
"Dites-moi que nous recommencerons, c'était délicieux... Je vous aime !

Je n'ai su que lui rétorquer :
- Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler."

Puis je lui ai annoncé qu'Aloysius avait déjà émis une selle, au lever.




mardi 27 mai 2008

Comment faire porter le chapeau à ses domestiques ?

4 avis

Lorsque je suis rentrée saoule de chez Anna Gavalda, Côme n’en fut pas très heureux. Il aurait, certes, pu l’ignorer si je ne m’étais pas jetée sur lui, alors qu’il dormait, forçant sa bouche de ma langue avinée. Je n’y peux rien, l’alcool libère mes hormones les plus agressives sexuellement.

Côme a d’abord protesté, puis, alors qu’il répondait à mon étreinte de la manière virile qui est la sienne, j’ai éructé. D’un bond, je me suis dégagée et j'ai crapahuté, titubant quelque peu, jusqu’aux toilettes, les deux mains appliquées sur ma bouche.

Côme, inquiet a surgi derrière moi, au moment où je me mettais à vomir.

Entre deux salves nauséabondes, j’ai réussi à tout lui expliquer :
«Côme, très cher, que cela reste entre nous mais Maria-Magdalena buvait tellement ce soir que j’ai dû boire de concert. Qu’aurait pensé Madame Gavalda si elle avait constaté, qu’en ma sobre présence, une domestique osait se griser ? »

Côme admit à contrecœur cette raison farfelue.
Mais il admit.


Lorsqu’en compagnie de son directeur qui venait dîner, Côme a découvert Aloysius les fesses à l’air dans le hall d’entrée, s’amusant à marcher dans son pipi, j’ai réagi en accordant mes cris aux siens. Mon très cher mari ignorait que ce jour là la nurse avait demandé sa journée. Framboise qui émergea du dressing où nous faisions les essayages de nos emplettes du jour a failli protester en m’entendant accuser Juliette de ma négligence. Mais elle a compris et elle m’a aidée.
« Cette Juliette est une vraie ogresse, a-t-elle dit. Vous devriez la virer ! »
Côme admit donc, et il donna son congé, à mon grand regret, à notre nurse. Mais que pouvais-je faire ?


Lorsqu’en voiture, un cahot a eu raison de la détermination avec laquelle je serrais mes sphincters, laissant échapper un fumet frelaté, je me suis empressée de chuchoter à l’oreille de mon époux que notre chauffeur, Karl, n’en était pas à ses premiers gaz en ma présence :
« Je pense qu’il doit avoir quelques problèmes digestifs, ai-je expliqué. Mais ne t’inquiète pas, je lui ai pris rendez-vous avec ton gastro-entérologue ! »
Confronté à certains manquements à la décence dont il avait souffert au début de notre relation, Côme admit. Il se rencogna dans son siège, fusillant du regard la nuque épaisse de notre serviteur.


En conclusion, si vous voulez faire porter le chapeau à vos domestiques, ne vous gênez pas mais si vous voulez éviter de les licencier tous sans arrêt, manœuvrez avec dextérité :
- En vous incluant dans les conséquences du crime dont vous avez été coupable, avec votre bonne
- En incluant votre époux dans le crime dont serait coupable le domestique.


Sinon, surtout, ne manifestez aucune culpabilité apparente, virez sans état d’âme. Après tout, une sur trois c’est peu.
Non ?

Chapeau : John Galliano

mardi 6 mai 2008

Comment renvoyer sa bonne sans prétexte plausible ?

4 avis

Dans certains cas, l'employé que vous voulez congédier a commis une faute irréparable et il sait à quoi s'attendre. C'est la situation idéale car elle n'amène en générale, nulle protestation.

Néanmoins, elle peut s'avérer embarrassante.

Surtout pour vous.

Ainsi, en remettant à James, le cuisinier londonien, son enveloppe, j'ai rougi comme une bécasse. L'impudent avait été surpris dans la buanderie, entrain de humer une de mes culottes.
Celle-ci, en soie, n'était pas lavée.


Dans d'autres cas, la colère vous guide et vous vous sentez dans votre bon droit. Alors, aucune culpabilité ne fait trembler la plume de votre Montblanc lorsque vous rédigez le solde de tout compte et votre voix ne prend pas de nuance doucereuse qui pourrait induire en erreur.

Cette situation est plus épineuse car une culpabilité avérée s'accompagne rarement de bonne foi.

Une femme de chambre qui avait choisi dans la buanderie la mauvaise paire de draps alors que mon époux, à la peau hypersensible ne supporte que ceux en soie, a essayé de me démontrer que le coton était ce qu'il y avait de meilleur pour les organismes délicats. Outre, que nous ne lui demandions pas son avis, cette personne a aggravé son cas en essayant de marchander. Malheureusement ma décision était prise car Côme ne souhaitait plus rencontrer cette personne sous notre toit aussi ai-je dû me montrer plus dure que je ne le suis en réalité. J'ai ôté un zéro au montant de ses indemnités.

C'est une situation désagréable dans laquelle je ne souhaite pas à mon pire ennemi de se trouver.

Ce qui s'est produit la semaine dernière ne justifiait sans doute pas un licenciement. Calixte et sa sœur, Framboise, mes cousins, étaient venus dîner à la maison, à leur manière impromptue et Côme avait enduré courageusement leurs bavardage sans queue ni tête. Il se faisait tard et Calixte qui s'était absenté sur la terrasse pour fumer une cigarette, avait disparu. J'errais dans l'appartement, lorsque, dans la nursery, j'entendis des ahanements qui ne m'évoquèrent rien. J'ouvris la porte.

Et la refermai aussitôt !

Dans la pièce, mon cousin chevauchait Cynthia la nurse dont le tablier blanc était remonté jusque sous les bras. Je dus m'appuyer contre le mur pour retrouver mes esprits puis je regagnai le salon. Après quelques minutes, Calixte arriva, un sourire cynique plaqué sur les lèvres. Il donna une tape sur les fesses de sa sœur et ébouriffa mon brushing impeccable. Côme toussa et demanda l'autorisation de se retirer. Je ne tardai pas à le suivre, troublée encore par ce que j'avais vu.

Le lendemain, en voyant la nurse jouer avec Aloysius, ce fut plus fort que moi. Je lui ai signifié que désormais nous nous passerions de ses services.
"Mais pourquoi ? s'est exclamée la jeune femme.
- Aloysius est en âge d'entrer à l'école Montessori et je souhaite m'occuper plus souvent de lui. Ne vous inquiétez pas, je vous dédommagerai !"


Informations pratiques pour licencier une bonne, avec ou sans bonne raison :
http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1745.xhtml