
L’année passée je n’avais pas eu ce problème : Aloysius était trop petit. Mais hier, après le repas concocté par Maria-Magdalena, Aloysius a déposé sur mes genoux un paquet cadeau assemblé de ces petites mains et j’ai manqué sangloter.
D’horreur.
« Cadeau, Cadeau Maman, marmonnait mon fils, les doigts dans sa bouche
- Oh mais que c’est gentil mon trésor, hoquetais-je, de quoi peut-il bien s’agir ? »
En réalité, j’avais déjà senti rouler sous mes doigts ce qui semblait être un collier de coquillettes.
Oui les pâtes !
« Oh des pâtes ! m’exclamai-je, d’une voix quelque peu contrainte.
- Nooooooooon, se mit à hurler Aloysius
- Mais chérie, enfin tu vois bien que c’est un collier, roucoula Côme, perfide ! Attends, je vais t’aider à le passer !
- Oh oui, mais bien sûr que c’est un collier, où avais-je la tête oh qu’il est joli ! Et tu en as même peint quelques unes ? C’est véritablement mignon mon ange ! Maman est très contente ! »
Aloysius paraissait enchanté de ma réaction et j’enfilai donc le bijou alimentaire en cherchant quels prétextes j’allais invoquer dans quelques minutes pour m’en débarrasser. J’attendis qu’Aloysius me quitte des yeux pour me gratter. Je n’aurais pas supporté de lire la déception dans son regard.
« C’est étrange, murmurai-je à Côme, je crois bien que je fais une allergie à ce collier ! Ce doit être la peinture. »
Côme qui avait deviné où je voulais en venir, détourna la tête, outré.
Je fis donc signe à Maria-Magdalena :
« Maria, je ne me sens pas bien, peux-tu aller me chercher un peu de doliprane ?
- Mais que se passe-t-il Madame ?
- Chut, cela risque d’attrister Aloysius, mais je crains de ne pas supporter son collier, je fais une réaction. »
Ma bonne me regarda droit dans les yeux, soupira et tourna les talons.
« Voilà où ça vous mène d’être trop proche de vos domestiques, songeai-je furieuse, ils refusent de vous secourir dans le besoin. »
Je m’étais résolue à passer le restant de mes jours avec ce bijou… disons-le… affreux… autour du cou, lorsque la sonnette retentit. J’étais allongée sur le canapé, une compresse (que j’étais allée me chercher toute seule) sur le front lorsque mes cousins, Calixte et Framboise firent leur entrée. Au bras de Framboise titubait un homme très beau, sans doute un mannequin. Aux bras de Calixte, deux jeunes filles, a priori impubères pouffaient en admirant les ors du plafond.
« Comme c’est gentil d’être passés, maugréa Côme.
- Oui ! Quel dommage que je ne me sente pas en très grande forme, ajoutai-je. Je me redressai maladroitement et me jetai sur Framboise pour l’embrasser. Une idée venait de germer dans mon esprit en apercevant le Collier Peter Som qu’arborait ma cousine. En l’embrassant j’accrochais en douce une coquillette à une grosse perle rouge et je reculais d’un pas faisant mine d’admirer le visage aviné de Framboise.
Malheureusement ce sont les perles rouges qui s’éparpillèrent aux quatre coins de la pièce. Mon collier pendait toujours sur le col de mon tailleur.
« Mon dieu ! s’écria Framboise. »
Et elle se mit à sangloter. J’étais sur le point de la rejoindre pour pleurer avec elle – de rage– lorsque je décidai de tenter une dernière chose ; je me penchai sur mon fils qui regardait, perplexe, Framboise et je lui soufflai à l’oreille :
« Tu sais ce qui la consolerait mon ange ? C’est un collier comme celui que tu m’as fait ! »
Il me regarda plein d’espoir…
« Si tu veux, tu peux lui donner le mien... tu m’en referas un demain ? »
Il cria de joie.
Et Framboise, stupéfaite s’arrêta de pleurer pour enfiler le collier de coquillettes (qui lui allait bien mieux qu'à moi) avant de me dévisager d’un air soupçonneux. Je lui adressai mon plus grand sourire avant de déclarer à la cantonade :
« Installez-vous, je vais en cuisine vous préparer une petite collation ! »
Avant cela, je pris soin de vider les placards de la cuisine de tous les paquets de coquillettes...