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jeudi 17 juillet 2008

Léontine se vautre dans le luxe

7 avis

Ce matin, il m’a fallu forcer la main de Framboise afin qu’elle mette un peu d’ordre dans son souk intérieur. J’attendais en effet une visite d’importance. Elle a bien entendu commencé par me présenter diverses objections sans fondement aucun : « oui, mais j’aime mon bordel, il est à moi ce bordel, et d’ailleurs je m’y retrouve parfaitement, c’est un bordel parfaitement ordonné, si tu ranges, je ne retrouverai plus rien ».

Dans ce bordel, comme elle se plaît à le définir, j’ai retrouvé quantité ahurissante de tubes de lubrifiants, de préservatifs, dont certains étaient ouverts et tout à fait secs, de la lingerie masculine et féminine, certains autres tissus bien plus délicats à déterminer, des revues datant pour certaines de plus de deux ans (toutes intéressantes à maints égards néanmoins, pour qui s’intéresse aux modes éphémères). Rien d’organique en tout cas ; ce qui me rassura quelque peu : Framboise et Griotte sont certes fâchées avec le rangement mais elles ne le sont aucunement avec l’hygiène.

Je ne suis pas bégueule, j’ai moi-même mis la main à la pâte pour ainsi dire et effectué quelque activité de soubrette. D’ailleurs, passés quelques atermoiements bien compréhensibles, Framboise et Griotte se sont pliées de bonne grâce à mes exigences. Griotte a mis la stéréo à fond, une musique qui m’est étrangère a envahi l’appartement mais je crains de ne pas avoir trouvé cela si déplaisant. Dansant toutes trois à demi nues sur un air qui répétait inlassablement : « come on and love me now ! », nous avons tenté de remettre un peu d’ordre.

Quand le jeune homme en livrée sonna à la porte, l’appartement des filles avait retrouvé visage humain et nous étions apprêtées de manière aussi charmante et distinguée qu’il se peut, prête à l’inspecter et à le recevoir !

Je crois déjà vous en avoir informé mais je n’ai pas vocation à jouer les pique-assiettes chez Framboise, ni à vivre sur la laine du dos d’autrui. Aussi, avec le soutien parfaitement dévoué de Sampiero, j’ai organisé le transbahutage de mes effets personnels pour emménager au Crillon ce mercredi.

Je sais ce que vous allez me dire. Le Crillon, c’est surfait. Les footballeurs y célèbrent désormais leur victoire devant une foule vulgaire et hystérique et même si l’établissement est géré par Monsieur Ercoli, personne de valeur au demeurant, nous savons aussi que l’honorable famille Taittinger a cédé ce mythique établissement à une grande société américaine. A ce train là, on se demande s’ils ne vendront pas bientôt des hot dogs dans le hall d'entrée.

Toujours est-il que je tenais pour mon grand retour à ne pas manquer à la tradition. L’Hôtel de Crillon n’est pas une auberge de jeunesse. On n’y vient pas pourvu d’un sac à dos et d’une gourde. On n’y vient pas pour passer une nuit, comme s’il s’agissait de faire halte sur une aire d’autoroute ; on y vient pour s’installer. Pour y résider ! Et pour ce faire, il faut solliciter le personnel « porteur ».

Toujours grâce à Sampiero et à ces quelques recherches sur internet (il sait comme j’aime les traditions d’antan), j’ai sollicité les services de la Compagnie des Indes, entreprise presque centenaire qui assure pour vous le transport de vos bagages et vous les installe avant même votre arrivée entre les murs de votre chambre. Vos effets, votre garde-robe, vos bijoux, artifices, tout est respectueusement emballé dans de magnifiques malles de cuir et de cuivre. On se croirait aux meilleures heures de Pondichéry !

Autrefois, la Compagnie organisait les voyages de familles entières d’Europe sur la péninsule indienne, mais aussi à Ceylan et sur toute l’Indochine.

Vous pensez si j’ai inspecté le jeune homme qui me fut envoyé. Qualité du cheveu, hygiène dentaire, propreté des ongles, respect de l’uniforme, élocution. « Madame, vos effets ont été déposés dans votre chambre. A quelle heure souhaitez-vous en prendre possession ? Une voiture vous attendra à l’heure qui vous convient… » C’est tout un blabla, je suis d’accord avec vous, mais un blabla qui s’appelle luxe. Pour un peu, j’aurais soupesé son entrejambe.

Griotte, qui ne semble pas en manquer une, demanda, au jeune homme : « et à ce prix là, pas de champagne ? ». Clignant de l’œil, il me fallut rattraper son écart : « Pardonnez cette enfant, elle ne sait pas encore que le luxe n’a pas de prix ». Le jeune homme, ne sachant que répondre à cette répartie cinglante n’en perdit pas pour autant le sens de sa mission. Il n’était guère que onze heures du matin, mais il se plia à nos exigences. Il consentit également à respecter la moindre de nos injonctions. Il sortit nous approvisionner en champagne et but donc avec nous, férocement. Nous pûmes ainsi constater l’étendue parfaite de son hygiène corporelle, tout l’après-midi durant. Griotte garda le jeune homme dans sa chambre et, me voyant partir, ne parvint pas non plus à s’empêcher de déclarer, sous l’œil noir et enivré de Framboise : « Tata, il faut vraiment que vous nous visitiez plus souvent ».

Le trajet jusqu’au Crillon se passa comme dans un rêve. Le personnel ne fut pas à la hauteur de cet homme en livrée de la Compagnie des Indes mais il fut acceptable, tout du moins sur l’échelle de mon jugement. Quand j’entrai dans la chambre, dix malles majestueuses m’attendaient, elles portaient le tampon de la Compagnie, de beaux éléphants aux énormes défenses d’ivoire portant les effets de quelque richissime colon anglais et de grands sacs débordant de thé. Chaque malle était légèrement parfumée et exhalait des odeurs de jasmin, d’encens, d’épices, de chanvre, et je dois avouer que cette explosion de fragrances me fit tourner la tête.

Aussi, je ne me rendis pas compte tout de suite de la présence de Sampiero, tout à fait nu, au milieu de la pièce. Il avait donc choisi ce jour là pour me déclarer sa flamme. Au bord de l’évanouissement, j’articulai quelques mots qui le brisèrent en milliers d’éclats : « pas aujourd’hui, Sampiero, je n’ai pas arrêté de la journée ». Je disparus dans la chambre où je dormis d’un sommeil bienheureux, jusqu'au jeudi matin.

lundi 7 juillet 2008

Bertille se meuble

3 avis

Avanie a éclaté de rire quand je lui ai annoncé ça. Elle n'a pas su par où commencer :
"Ecoute, Bertille, c’est cocasse, aller à Ikéa ! Un trip suédois, je n’y aurais jamais pensé ! Il faut un début à tout ! (grincements de dents).
- Attends, Avanie, tu n'es jamais allée là-bas de ta vie ?
- Des meubles bon marché en pâte à bois, comme dans les films de Bergman... Je ne sais pas, la nurse est en congé, s'esquiva-t-elle...
- Aucun problème ! Pas besoin de nurse ! Il y a des garderies gratuites là bas ! Animés par des grands blonds tennismen, des bandeaux dans les cheveux ! Et des superbes piscines à balle, dis-je, dévisageant Aloysius, ce petit singe muet qui me tire la langue, avec peut-être des seringues de drogue dedans, tu pourras refaire votre vie après, Avanie !"

Victoire.

Karl nous conduisit dans la zone industrielle. Je vis Avanie à mes côtés se recroqueviller dans son siège.
"Va-t-il y avoir des émeutes, demande-elle ? Ne peut-on pas aller à Roche-Bobois, pour faire simple, même Habitat pourquoi pas ?"

Samedi après midi, il y avait le monde entier agglutiné chez les rois du contre-plaqué. Ce n'était pas possible, autant de monde, les gens doivent se sous-traiter pour être aussi nombreux ! Ils emploient des figurants !
"On se croirait dans le RER, répétait fébrilement Avanie.
- Mais vous prenez le RER, ma chère, demandais-je malicieusement ?
- Bien sûr que non, et en voici la raison évidente !"

A l'entrée, il y avait des petits appartements de démonstration, pour expliquer comment on peut se meubler du sol au plafond en IKEA. Des 80 mètres carrés jusqu'au studio de 5, avec un superbe lit-frigo-penderie-douche-fenêtre nommé Inkgijst Börkj (ce qui veut dire "Papillon de lumière" en suédois), et qui se prononce pareil si on passe le disque à l'envers.

Je répétais à Van, la tirant par la manche :
"regarde ! Comme ça doit être génial de vivre là dedans ! Le monde parfait ! Dis-donc, c'est surréaliste comme c'est bien rangé, aussi propre, c'est vraiment un truc qu'on voit jamais dans la vraie vie !"
Si, chez Avanie, en fait.

Elle n'a pas voulu laisser Al dans la piscine à balle. En fait, c'était plutôt une piscine à mioches. Il y en avait partout, en chaussettes qui puent, à se sauter à pieds joints sur la colonne vertébrale. "Comment pourrais-je laisser mon enfant dans ce marasme humain ?" Elle garda donc Aloysius contre elle, se frayant un chemin parmi la foule.

"Bertille, pourquoi autant de monde ? C'est incroyable, ils n'aiment tout de même pas vivre comme ça ?
- Chère Avanie, ce sont les soldes ! Les gens veulent faire des bonnes affaires !
- Mais pourquoi ne payent-ils pas plus cher, pour être plus tranquille, tout simplement ?"

J'ai levé les yeux au ciel sans rien ajouter. Je n'allais pas la contrarier. On ne sait jamais ce qui peut se produire, une fois à la caisse. Une CB qui ne marche pas, etc.

En bref :

Les cadres : accrochés au mur, les cadres contiennent de grandes images avec des couleurs toutes en noir et blanc, des visions de ports nordiques au matin, des montagnes plates, bref, des images qui donnent envie de tapisser sa chambre et de devenir social-démocrate.

L'objet super pas cher : il s'agit d'un objet banal (éponge, casserole, pince à linge, planche à découper) avec un design complètement dingue (en forme de pieuvre, de twingo, ou d'huitre de l'espace) et tellement pas cher qu'on en veut des centaines !
Exemple : "Regarde Avanie, quelle économie ! Une casserole, ça coute 50 euros, et ici, elle est à 1 euro ! Du coup, j'en ai pris cinquante !!!!"

Billy : L'étagère classique. Académique. Les romains avaient déjà les mêmes dans leurs temples. Le must du meuble d'étudiant fauché ou de l'ex-étudiant toujours fauché. Idéal pour empiler ma collection de "Femme inactuelle".

Les matelas Ikéa : pour prouver que c'est solide, ils ont inventé des robots qui se couchent et se lève toute la journée dessus, vingt fois par minutes. Du coup, les matelas sont solides, mais les robots fatigués.

La chambre d'enfant : le siège bleu, suspendu au plafond ! C'est tellement cromignon, le petit morpion qui se balance tel un pierrot lunaire, avec le plafond qui cède et le voisin du dessus qui tombe dans la chambre !

Sinon, j'ai chargé le chariot avec mon futur appartement dedans. On aurait dit un char d'assaut. Arrivée à la caisse, ma carte bancaire n'est pas passée. J'ai regardé Avanie avec une expression de chaton triste, d'un air glacial elle a sorti sa Siouper Visa, je lui ai dit :
"Je te rembourse ce soir ! Hein ? Avec un chèque (en bois) (en contre-plaqué) !"

De retour vers Karl qui s'était endormi après cinq heures dans la voiture, Avanie lui dit, pour se calmer les nerfs : "Karl, vous vous prenez pour un routier à dormir de la sorte ? Est-ce que je suis en train de chômer, moi ?"

mercredi 21 mai 2008

Avanie broie du blanc

3 avis

Ce n'est pas facile de bloguer. Ma cousine m'explique : "il faut surfer sur la vague, être dans le move, finger in the nose...".
Que veut-elle dire par là ?

Aujourd'hui j'ai voulu tester pour vous le point de croix mais Framboise s'est mise à hurler sa désapprobation par mail... C'était horrible, toutes ces insanités en lettres majuscules, j'ai failli ne pas m'en remettre et renoncer une bonne fois à travailler avec elle !

Je n'ai pas compris son attitude, n'est-il pas tout à fait stimulant de s'adonner à des activités manuelles telles que la couture ? Franchement parfois je me demande si elle n'use pas de stimulants qui ont une action dégénérative sur son intellect...

Enfin, puisque ce blog est paraît-il un blog collaboratif, je dois me plier à l'avis général et lorsque Calixte m'a envoyé une piste pour le billet d'aujourd'hui, je l'ai remercié à genoux.

En esprit, s'entend !

"Cousine, a-t-il affirmé, le Wofty te plaira, il est adorable ! Essaie : http://www.freedentwhite.com/index.php/"

J'ai cliqué.

Et j'ai découvert le plus adorable des animaux : un petit minou polaire, avec de grands yeux mouillés des plus délicieux.
Seul au milieu des glaciers de Patagonie, il reniflait amicalement. De temps en temps, joueur, curieux, il se dressait sur ses pattes, humant quelques flocons de neiges.

"Il plaira énormément à mon petit Aloysius, ai-je pensé".
Je me suis donc empressée de remplir le formulaire d'inscription, l'ai baptisé "tout blanc" comme le doudou préféré de mon fils et ai attendu de recevoir la confirmation...
Cinq minutes ont passé, dix minutes, mon point de croix avançait, certes, mais puisque je n'ai pas le droit de vous en parler, je m'abstiendrai...
"Bon, me suis-je dit, on ne reçoit peut-être pas de mail !"
J'ai donc entré mon mot de passe et mon mail dans les cases prévues à cet effet.

Rien !

J'avais réglé le volume assez fort pour ne pas perdre le moindre miaulement que mon Wofty pourrait émettre mais au centième reniflement j'ai commencé à stresser. Mon aiguille s'est plantée dans mon pouce et j'ai dû m'y reprendre à deux fois pour réaliser la pupille du petit lapin de gauche.
Au deux-centième reniflement j'ai coupé le son, j'ai horreur des personnes qui reniflent !

J'ai créé un autre Wofty que j'ai appelé "casse-pieds". Je sais, ce n'est pas très gentil, mais que voulez-vous, j'étais assez énervée.

Là-dessus Aloysius m'a été amené par la nurse au réveil de sa sieste... Apercevant le Wofty debout, il a réclamé "le dessin animé, le dessin animé !".

J'ai créé trois ou quatre Wofty de plus. Finalement, j'ai éteint l'ordinateur et j'ai envoyé Aloysius au jardin avec sa nurse. Après une tisane régénérante, j'ai repris mon ouvrage et je dois dire que j'en suis assez fière.

Mais chut !

Photo : maillot de bain Vanessa Bruno

lundi 28 avril 2008

Où Avanie lance une mode !

1 avis

Framboise m'a appris que dans notre blog, il faudrait créer des tendances, faire vivre la mode.
Et même, sans doute, étudier des instruments de haute-technologie. Je redoute particulièrement cette rubrique (elle appelle ça la rubrique Guik, je suppose que ce mot est agréablement assorti à celui de Blog) : il m'est déjà difficile de taper sur le clavier sans égratigner mes ongles vernis, alors s'il s'agit de tester sans arrêt de nouveaux gadgets, je ne sais ce qu'il adviendra de mes pauvres mains.

Néanmoins, comme l'a remarqué tout à l'heure, ma chère Maria-Magdalena, l'avantage c'est que je peux changer souvent de couleur de vernis.

Aujourd'hui, j'ai été, malgré moi, à l'initiative d'un courant de mode très "hype" dans mon quartier.

Je vais tout vous expliquer : j'ai deux chats, un mari, un fils de deux ans, Aloysius. Chez nous vivent aussi quelques domestiques dont Maria-Magdalena, mon exquise femme de chambre et cuisinière à ses heures.

(L'époux et le fils n'ont pas grand chose à voir avec le lancement du nouveau style de sac que je vous propose aujourd'hui. Néanmoins je préfère les avoir sous la main au cas où...)

Habituellement, Mina La Mine et Raskasse Kaskasse (vous comprenez qu'il ne s'agit là ni de mon mari, ni de mon fils) se sustentent de croquettes light achetées chez le vétérinaire. Ils souffrent d'un surpoids léger et de calculs rénaux que seuls ces aliments soulagent.

Malheureusement, depuis 3 jours le cabinet de notre vétérinaire est en pénurie et Indira, la bonne, n'a pas eu le temps d'explorer le quartier à la recherche d'un autre vétérinaire.... Elle s'est munie donc, exceptionnellement de pâtée pour chats. Et c'est ce qu'elle donne depuis deux jours à nos chats.

Autrement dit de "la boîte".


La boîte les rend fous.

Un jour, je ferai faire des test en laboratoire et l'on trouvera, mélangées à la chair de kangourou faisandée et de vache folle, de la drogue.

J'en suis quasiment sûre.

Comment justifier autrement, que les jours de boîtes transforment nos journées en calvaire ? Mina la Mine et Raskasse Kaskasse nous font trébucher à chaque pas, le mâle arrive à ouvrir le frigo lorsqu'Indira oublie de fermer la sécurité-enfant, la femelle miaule toute la journée, ils se battent et se précipitent dans la cuisine dès que nous nous déplaçons. Et, pour se venger de ne pas pouvoir en manger toute la journée... ces satanés animaux urinent et défèquent partout.

Véridique.

Comme tous les propriétaires de chats, nous avons toujours été fiers de leur fier caractère, de leur personnalité irrésistible, de leurs câlins éreintants. Mais là... Comment dire ?Nous avons des discussions étranges au petit déjeuner, qui comportent les mots éviscérations, euthanasie...(Si des membres de la SPA autre société protectrice de chats en danger sont choqués par ces idées, nous acceptons de leur remettre sans délai les deux animaux concernés.)

Il faut comprendre mon époux ; Côme a été très choqué lorsqu'il un chapelet de petites crottes a déboulé de son dossier en salle de réunion. Ses associés ont pouffé, un actionnaire est sorti en feignant de tousser ; visiblement, il étouffait de rire. Côme a dû, du bout des doigts fourrer les billes noires au fond de son attaché case et commencer son discours, comme si rien n'était advenu.

Vous imaginez son calvaire ?

Mon sac à main a donc fait son dernier voyage sur mon épaule, mercerdi dernier, lors d'une petite sortie pour aller acheter des escarpins Jimmy Choo.

Au moment de payer mes trois nouvelles paires de sandales, j'ai mis la main à l'aveugle et j'ai trouvé bizarre qu'il soit humide. Tiens, j'ai dû oublier un biberon. Ou une bouteille d'eau au bouchon mal vissée.

Non.

Je ne sais pourquoi j'ai eu ce réflexe primitif de renifler mes doigts et j'ai senti que je sentais, dorénavant, le pipi de chat.

Donc. J'ai prétexté un malaise soudain et ai quitté la boutique en trombe pour m'engouffrer dans la voiture où j'ai éclaté en sanglots. Karl a démarré sans poser la moindre question et m'a ramené à la maison.

J'aurais pu attendre le retour de Maria-Magdalena, à qui j'avais donné sa journée. Mais j'avais besoin de la paire de dorées pour dîner le soir même à l'opéra. J'ai passé ma carte Gold sous l'eau, l'ai arrosée de détergent. Puis j'ai fouillé mes placards et... je n'ai pas trouvé d'autre sac à mains. Ce qui est normal puisque je les donne en général à Maria-Magdalena ou à Indira qui les distribuent aux membres féminins de leur famille.

Finalement, au terme de plusieurs minutes de recherche, dans un tiroir de la cuisine, j'ai trouvé un sac Champion, en plastique rose.

J'y ai glissé ma carte bancaire et mes lunettes de soleil.

Et bien, croyez-le ou pas, quelques heures plus tard, de retour du bureau, Côme s'est écrié :

"Je ne sais pas quelle est cette nouvelle mode, mais Avenue Montaigne, toute la gente féminine arborait des cabas de plastique de la marque Champion !"

J'ai esquissé quelques pas de danse au milieu du salon et il a quitté la pièce, l'air préoccupé.

Crédit photo : Fratelli Rossetti