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vendredi 30 mai 2008

Avanie contre le New Jersey Devil 2

4 avis

J’ai enfin osé demandé ce qui se passait. Courant derrière Harlan, j’ai exprimé ma soif d’aider cette famille à résoudre le problème qui se posait. Son épouse dans les bras, l’écrivain s’est retourné si vivement que j’ai sursauté :


« Il ne s’agit pas d’un problème mais d’un enlèvement. Notre fils Tod a disparu ! La nurse l’a laissé 5 minutes pour aller aux toilettes. Il dormait dans son lit à barreaux, avec son doudou Nono … Quand elle est revenu il avait disparu. Vous avez vu dans quel état nous avons trouvé Nono ? Nous avons des raisons de craindre le pire pour notre fils. Maintenant laissez-moi, je vais appeler un agent du FBI avec qui j’ai travaillé récemment sur un de mes livres.
- Vous voulez parler de The innocent ? ai-je tenté, émue de mon audace. »

Mais il est entré dans une chambre et en a refermé la porte. Je me suis assise piteusement sur un fauteuil dans le couloir. Pendant quelques minutes j’ai laissé ma pensée vagabonder, imaginant en un éclair ce qui se passerait si nous ne retrouvions pas l’enfant. En tant qu’étrangère, soudainement arrivée dans la maison, n’allait-on pas me soupçonner ? Je me voyais déjà dans une salle d’interrogatoire avec un gentil et un méchant policier. Le gentil me complimenterait sur mon élégance : « La tenue orange de condamné à mort vous sied à ravir ! » tandis que son collègue me ferait remarquer que sans maquillage je parais plus que mon âge. J’ai réprimé un sanglot et me suis levée d’un bond. La seule solution c’était de retrouver Ted… Tad… Tod. Enfin le bébé !

J’ai décidé d’aller demander de l’aide au garçon dans la bibliothèque. Vus ses goûts littéraires, il devait s’y connaître un peu en enlèvement.

Mais au moment où je descendais les marches un autre cri s’est fait entendre dans la chambre où Harlan venait de s’enfermer. Cette fois, il s’agissait d’une voix masculine. Je me suis ruée contre la porte.
Comme elle résistait, j’ai saisi un vase chinois sur une console et je l’ai propulsé sur la poignée : elle a cédé. J’ai avancé précautionneusement sur la porcelaine et je suis entrée dans la chambre. Madame Coben semblait dormir sur un lit rond très kitsch ; Harlan me dévisageait, interloqué. Alors que je m’apprêtais à lui faire mes excuses pour le vase et la porte il m’expliqua : « Je viens de recevoir un mail. Avec une photo de mon fils Tod. »
Abattu, il me laissa la place devant l’ordinateur et je regardai le mail ouvert. Un enfant, qui ressemblait beaucoup à celui que j’avais vu au rez-de-chaussée, faisait de la balançoire et il riait :
« Au moins, ai-je tenté, il a l’air heureux là où… »

Harlan se mit à pleurer doucement. Gênée, je lui tapotais dans le dos. Au bout de quelques secondes, il m’empoigna par les épaules et nicha sa tête contre ma poitrine. Je lui caressais la tête, tout en tentant de garder une distance décente. Mon chemisier se couvrait de larmes, de morve et de salive.
« Euh, écoutez Harlan, prenons les choses en main. Vous ne deviez pas appeler quelqu’un du FBI ?
- Il refuse de me prendre en ligne. On me dit qu’il est entrain de réaliser un interrogatoire.
Il sanglota de plus belle.
- C’est que ça doit être vrai… Avez-vous fait un tour dans les environs ?
- Oui ! Mon chauffeur continue.
- Ecoutez lâchez-moi, je retourne voir en bas, ai-je demandé poliment mais fermement.

Il a obtempéré, l’air un peu déçu. Je me suis aperçue dans une psyché qui trônait au pied du lit et j’avais l’air d’être passée dans une essoreuse. Mais, pour une fois, ce n’était pas mon souci principal. Je suis descendue au salon. Du fauteuil s’est élevée une voix espiègle.

« Alors, vous l’avez trouvé ?
- Et bien non ! Je venais te voir pour savoir si tu n’avais pas une idée . Ton père n’est plus en état de diriger l’enquête. Il a reçu un mail fort menaçant avec une photo de ton frère sur une balançoire.
L’enfant leva un sourcil, l’air soudain intéressé.
- Ah bon ? Qu’est-ce qu’il disait le mail ?
Je me rendis compte que je n’avais pas remarqué de texte d’accompagnement.
- Euh !
- Il ne faut négliger aucun détail, Avanie ! m’a-t-il tancée. Je parie que vous n’avez même pas regardé le nom de l’expéditeur.
- Non… Mais…
- Pffff a soupiré le freluquet.
- Je te prie de rester poli, jeune homme, ai-je tenté.
- Nous avons des choses plus importantes sur la planche a-t-il rétorqué du tac au tac. Alors qu’avez-vous comme preuves ?
- Et bien ton frère faisait la sieste quand la nurse s’est absentée… A son retour il n’était plus dans son lit….
Je réfléchissais en même temps que je parlais :
- Et son doudou était pendu dans sa chambre.
- Ah ! dit-il, c’est pour ça que ma mère a hurlé ? Bon je vais aller les aider.

Il s’est extirpé du fauteuil de mauvaise grâce, posant son livre ouvert, à cheval sur l’accoudoir.
- Merci, ai-je murmuré. Au fait tu t’appelles comment ?
- Tod…
- Quoi ? Tod ? mais c’est toi que l’on cherche partout !

Folle de joie je me suis mise à hurler :
- Il est là, il est là, je l’ai retrouvé !

Aussitôt la troupe au grand complet a pénétré dans la pièce où nous étions. Harlan et sa femme pleurait en serrant l’enfant boudeur dans leurs bras. Aglaé se mouchait dans son tablier et le chauffeur se raclait la gorge.

J’ai regardé ma montre et vu que l’heure de mon vol approchait :
« Harlan, ai-je glissé, je suis tellement heureuse de ce dénouement… Maintenant pourrions-nous comme convenu…
- Je suis désolé, Mademoiselle, me répondit, l’auteur, mais cette aventure m’a inspiré. Il faut que j’aille écrire tout de suite ! Revenez demain…

Tod se pencha vers moi :
- Je vous le déconseille, c’est quasiment tous les jours comme ça ! »

FIN

jeudi 29 mai 2008

Avanie contre le New Jersey Devil. Part.1

3 avis

En début de semaine, juste après avoir dévoré le dernier poche de Harlan Coben, Innocent, j’ai décidé d’aller rencontrer l’auteur dans le New Jersey.
Côme avait une réunion à New York, j’ai proposé de l’accompagner. Pendant sa journée de travail, j’ai pris un vol pour le New Jersey. Aloysius est resté avec une jeune fille française qui avait été recrutée directement par le Carlyle.

J’avais peu dormi pendant notre vol de la veille. Et Aloysius avait refusé de s’allonger avant l’aube dans notre suite. Aussi, dans la voiture envoyée par le maître du suspense, je me suis endormie dès le démarrage ou quasiment. Deux heures plus tard, j’ai ouvert un œil, échevelée, bouche ouverte. Mon col était empreint de bave. Heureusement j’étais seule. Le chauffeur, par délicatesse, s’était éclipsé. Je me suis recoiffée devant le rétroviseur et je suis sortie, les jambes flageolantes.

La demeure était impressionnante, quelque peu lugubre à mon avis et le parc curieusement sauvage. Un frisson m’a parcourue tandis que j’ai entrepris de pousser la porte d’entrée après quelques vains coups de sonnette. Mais l’agitation qui régnait dans le hall d’entrée me rassura. Enfin pour peu de temps.

Plusieurs personnes s’agitaient courant sur le sol marbré : des domestiques, une nurse en larmes, Mme Coben, très blonde, sanglée dans un tailleur marron de dame campagnarde, des enfants, plusieurs chiens. Au centre de l’action, un géant chauve de deux mètres tapa dans ses mains ; c’était Harlan, mais j’ai senti que ce n’était pas le moment de me présenter :

« Restons calmes, ordonna-t-il. Nous allons nous répartir les recherches. Aglaé, vous irez au premier étage, les enfants et toi Linda, vous vous occuperez du deuxième étage et de la salle de jeux. Doug et moi irons au jardin avec les chiens. Je vais appeler les voisins et mon ami Ted, le sherif, au cas où. »
Soudain il m’aperçut :
« Et vous, Mademoiselle, vous parcourrez le rez-de-chaussée !
Il s’adressa à l’assemblée :
- Tout est OK ? Alors go ! »

Je ne savais pas vraiment quoi chercher. Je me suis avancée dans le salon orné d’une immense et massive bibliothèque. Tous ces livres, ai-je songé, ce n’est pas très hygiénique ! Je me forçais à enregistrer le moindre détail au cas où il s’agisse de ce qu’il fallait retrouver. Puis je me suis rappelée qu’il avait parlé d’alerter les voisins, le shérif.
De quoi pouvait-il donc s’agir ?
« Qui t’es toi ? me demanda tout à coup un enfant dissimulé par un immense fauteuil.
- Euh mon nom est Avanie, articulai-je, la bouche sèche. Et toi ? Tu ne cherches pas avec les autres ?
- Oh non ! je préfère lire.
Il avait 3 ans à peine !
- Ah bon ? et que lis-tu en ce moment ?
- Je viens de finir The mystery of the green ghost, c’était pas mal. Moins bien, toutefois, que le dernier livre de mon père. Vous l’avez lu ?
- The innocent ? Oui bien sûr c’est pour ça que je suis là… Mais je n’ai pas pu parler à ton père…. »

A ce moment, un long cri résonna dans les escaliers. Je m’élançai dans le hall et grimpai au premier étage quatre à quatre. Au centre d’une chambre d’enfant, un doudou se balançait doucement, pendu au bout d’une cordelette :

« c’est Nono hurlait Mme Coben, c’est son Nono ! Mon dieu je suis sûre qu’on nous l’a enlevé ! »

Elle s’évanouit alors que son mari franchissait la porte. Il la rattrapa dans ses bras de rugbyman et la souleva comme une plume.

A suivre…

jeudi 8 mai 2008

Où Anna Gavalda interviewe Avanie...

0 avis

Il y a quelques semaines que Maria-Magdalena, ma femme de chambre, me serine avec l’invitation à dîner que lui avait transmise sa nièce, Constance, nounou de son état. Pour hier.

Nous étions allées ensemble lui choisir un tailleur chic et sobre chez Chanel, je lui avais même laissé son après-midi car j’imagine qu’il doit être stressant de ne pouvoir se préparer tranquillement avant une sortie. Pour le soir, il était prévu que Karl la dépose et la ramène.

Aucune inquiétude à avoir donc.

Normalement .

Mais Maria-Magdalena est une angoissée. Elle n’a pu s’empêcher d’appeler sa sœur avant de partir et elle a appris que la patronne de Constance serait présente au dîner. D’ailleurs, c’était bien la moindre des choses, puisqu’il avait lieu chez elle, à Melun.

« Je n’avais pas du tout compris cela ! Je vous en prie, Madame Avanie, venez avec moi ! Je ne connais rien de littérature, je ne saurai pas quoi dire…
- Mais je n’ai même pas lu son dernier roman ! Et puis que va penser Côme s’il ne me trouve pas à la maison ?
- Vous direz que c’est pour votre blog, s’il vous plaît Madame ! »
Que voulez, vous, j’ai cédé !

La maison d’Anna Gavalda est ravissante, très champêtre. Par contre mes Louboutin n’ont pas vraiment apprécié les graviers et j’ai manqué me tordre la cheville au moment où la maîtresse de maison a ouvert la porte, vêtu d’une minijupe en jean, de collants en laine violets et d’une veste officier curieuse. Avec ma nouvelle robe Ellie Saab, j’ai eu l’impression d’être un tantinet déplacée mais aussitôt Madame Gavalda m’a mise à l’aise :
« Oh ! Quelle robe ravissante, et comme vous la portez bien ! s’est-elle écriée. »
Puis elle a débusqué ma femme de chambre qui se cachait derrière moi :
« Entrez Maria-Magdalena, je suis ravie de vous rencontrer, Constance m’a tellement parlé de vous ! »

Du coup, ma bonne n’en pouvait plus de rougir. Elle tordait ses mains contre son ventre comme une collégienne. Dès que notre hôtesse a eu le dos tourné je l’ai admonestée de manière un peu vive :
« Arrêtez de gigoter comme cela, Maria-Magdalena, vous allez me communiquer votre trac ! »

Nous avons été invitées à entrer dans le salon. Dans un canapé, Louis, un adolescent à coiffure tektonik, lisait. Il nous a adressé un vague sourire et a replongé aussitôt la tête dans son livre. Sa sœur, Félicité, au contraire s’est précipité sur nous et a entrepris de nous raconter sa journée de classe. Nullement embarrassée, Anna (puisque c’est ainsi qu’elle m’a demandé de l’appeler) s’est excusé en nous expliquant qu’elle devait finir de préparer le repas. Je me suis donc glissée dans un fauteuil près de la bibliothèque tandis que Maria-Magdalena, pétrifiée, restait debout à écouter les bavardages de la fillette.

Lorsqu’enfin Constance a fait son apparition j’allais m’endormir dans le fauteuil. Je me suis levée d’un bond et j’ai réalisé que j’allais passer la soirée avec deux domestiques et une écrivain. « Si Côme savait cela, ai-je songé !». Je ne savais pas que j’allais être sur la sellette à la place d’Anna.
« Alors, il paraît que vous écrivez ? m’a interrogée la maîtresse de maison
- Moi ? Ecrire, me suis-je esclaffée, vous n’y pensez pas !
- Mais si, Constance ? Vous m’avez bien dit qu’Avanie rédigeait un blog ?
- Ah ça ! ai-je reconnu… Oh ce n’est pas vraiment de l’écriture ! Pas comme vous en tout cas, d’ailleurs, je voulais vous dem…
- Il n’y a pas de forme d’écriture plus noble qu’une autre ! D’ailleurs moi j’aurais préféré être nègre d’écrivain, pouvoir écrire en me cachant derrière quelqu’un qui assume à ma place renommée, interview, télévision. Je serais plus libre ! Enfin bref ! Alors, parlez-moi de votre blog !
- Euh, c’est ma cousine Framboise qui m’a convaincue de me joindre à elle…
- Oh ! C’est très bien, c’est une histoire à plusieurs voix alors ? J’adore ça, les histoires chorales…
- Oui, notre cousin Calixte –le frère de Framboise – participera aussi de temps en temps. Il souhaite ne faire que les rubriques sex… enfin, amoureuses… mais Framboise voudrait que chacun essaye un peu de tout.
- Et de quoi ça parle ?
- Oh ! de rien ! Enfin de tout, bonnes manières, cuisine, beauté, amour, enfants…
- C’est très riche comme matériau. Vous enquêtez sur le terrain ?
- Et bien, nous sommes le terrain ! Nous parlons de ce que nous connaissons… Enfin, sauf quand je vais dîner chez quelqu’un dont je n’ai pas lu le dernier livre !
- Oh ! Vous le lirez plus tard ! Et dites-moi, vous écrivez beaucoup ?
- J’essaye de m’y mettre régulièrement. Je ne suis pas encore vraiment habituée. J’abîme souvent mes ongles sur le clavier par exemple…
Elle éclate de rire !
- Avanie, vous êtes extraordinaire, il se peut bien que je m’inspire de vous pour un de mes personnages ! Vous me rappelez une camarade qui était en classe avec moi à Saint-Pie X de Saint-Cloud !
- Ce n’est pas vrai ! Vous avez été aussi chez les sœurs ?
- Oui, je portais une jupe bleu marine et récitais ma prière à tous les repas.
- Excusez-moi de vous le confier, mais j’ai été dégoûtée de la religion. D’ailleurs, je n’ai jamais eu la foi…
- Oh moi si ! Mais je l’ai perdue. Pourtant, je ne peux m’endormir sans avoir récité un « Je vous salue Marie » pour mes enfants…
Son fils Louis lui jette un regard noir :
- Tu as vraiment besoin de raconter cela à tout bout de champ ? crache-t-il, mécontent.
- Excuse-moi, mon chéri, mais je crois qu’Avanie et moi nous comprenons sur ce point.
- Parfaitement ma chère ! acquiesçai-je. Même si moi je ne peux même plus me servir de mots sacrés pour jurer. Alors la prière ! Mais c’est un secret. Même mon époux ne sait pas que je sèche la messe tous les dimanches matins, ne l’ébruitez pas...
- Ne vous inquiétez pas. Le personnage de mon prochain roman portera un autre prénom que le vôtre. Nous serons les seules à connaître la vérité, Constance, Maria-Magdalena, vous et moi ! Pour sceller notre pacte, tiens, je vais chercher la bouteille de champagne que vous avez apportée. Elle doit être fraîche.

Un peu plus tard – nous venions d’ouvrir une énième bouteille, lorsque Anna Gavalda me demanda :
- Et dans quelle pièce écrivez-vous Avanie ? Dans quelle tenue ?
- Oh ! Le plus souvent je m’installe sur le canapé avec mon portable sur les genoux. Je suis en déshabillé, parce que j’écris le soir après le coucher du petit, ou le matin, avant son réveil.
- Avanie, vous êtes vraiment un personnage ! Je vais aller sur votre blog dès que vous aurez le dos tourné ! Et puis, ça ne vous embête pas que je prenne des notes, pour mon prochain roman ? Vous m’inspirez… »


Photos : Robe Elie Saab, Lingerie Fifi Chachnil