vendredi 11 juillet 2008

Toc, toc, toc


Il fallait s’y attendre. Aucune des trois filles n’a daigné consacrer un peu de temps sur sa matinée du vendredi pour venir me prendre à l’aéroport. Avanie ne conduit plus depuis qu’elle s’est tout à fait décidée à remettre en question plus de deux millénaires de lutte féminine ; Bertille est on ne sait où ; quant à Framboise, dans son odieux langage, elle a dit quelque chose comme : « ça fait chier, Tata, t’as qu’à prendre le métro ».

Le métro ou la charrette à bœufs, c’est un peu la même chose, non ?

Tous ces gens mon Dieu, tous ces gens ; et de toutes allures, de toutes…classes ! Non, cette diversité là a été un grand choc pour moi. Je n’ai guère que 62 ans mes bambins ; on ne prend pas un dauphin qui a l’habitude de l’océan pour le jeter dans un étang d’eau douce… Quelques heures auparavant, je regardais la Grande Bleue de ma véranda corse (villa que je venais de vendre grâce au soutien merveilleux de Sampiero ; un villageois un peu bourru qui s’est enamouré de votre tante et qui s’est plié à toutes ses volontés, y compris les plus capricieuses, je dois bien l’avouer) et me voilà sans transition, plongée dans le grand bain bactérien de l’humanité. Imaginez donc !

A l’aéroport, Sampiero, le visage baigné de larmes – certaines personnes sont belles quand elles pleurent ; d’autres sont proprement dégoûtantes, comme un vieux mur qui s’écroule ; Sampiero a la larme digne, son visage carré est un masque de cire et son regard se perd dans un horizon qui n’existe pas…bon sang, quel homme ! – juste avant que je n’embarque, a insisté pour me refourguer un sanglier qu’il avait chassé le matin même. « Un sanglier, me suis-je écriée, ah, non, mon ami, vous n’allez pas mettre toute cette viande morte dans ma valise ».

- Un saucisson alors…de l’âne ?, a-t-il ajouté, en hurlant presque.
- Va pour un saucisson, mon ami, ai-je consenti.

Ce simple mot a suffi pour que des torrents de larme inondent son visage de nouveau. Quel homme. Le saucisson, Bertille le mangera bien… Sampiero, il m’oubliera…avec le temps, je deviendrai la plus belle photo jaunie de son album.

Qu'importe. Ma valise sous le bras, il m'a donc fallu partager cette chose à roulettes que l'on nomme Orlyval puis le métro. Heureusement, je n'ai pas eu à prendre le bus ou quelque chose de ce genre. Je ne sais si je dois vous le dire mais l'Orlyval ne sert pas qu'à transporter des familles qui retournent de voyage, mais aussi du personnel naviguant, des agents de comptoir encore en uniforme rentrant de leur journée de travail, et même des gens qui ne partent nulle part mais accompagnent seulement quelques gens de leur connaissance et s'en retournent. Et la 1ère classe n'existe plus... Quel monde est-ce là ?

Et je n'ai pas parlé de l'avion ; Grand Dieu, les avions ne sont plus ce qu'ils étaient ! Votre pauvre tante a dû partager sa rangée avec un petit garçon très mal élevé qui a vomi trois fois - trois fois ! - dans son sac à dos (allez lui faire comprendre que des petits sachets sont disposés à cet effet) ; croyez-vous que le personnel de l'avion eusse trouvé utile de venir aider ce pauvre enfant.

Mais il en faut davantage pour abattre une Léontine qui pourrait vous parler d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Je vous parle d'un temps où les shampooings n'étaient pas deux en un, d'un temps où le génie artistique était la norme, d'un temps où nous avions quelque respect pour notre propre langage...mais laissons cela, nous aurons l'occasion d'en reparler. C'est là précisément l'objet de ma participation à l'oeuvre familiale.

Une dernière chose. Framboise ne s'y attendait pas, mais je me suis rendue directement chez elle en sortant du métro. Ma valise saucisson sous le bras. Vous auriez vu sa tête. Elle ouvre la porte, nue comme un ver (quelle sorte d'épilation est-ce là ?), et un jeune homme passe derrière elle, pareillement, le membre apparemment encore en pleine forme.

Je n'ai pas pu m'empêcher de relever sa présence, j'en ai peur ! Le regardant...dans les yeux, j'ai dit : "quand vous en aurez fini avec Framboise, peut-être seriez vous disposé à visiter la mienne"... Bien sur, par égard pour Framboise, il a refusé. Mais je sais lire dans le regard des hommes où se nichent le désir et la passion.
Votre tante, mes enfants, malgré ses soixante-deux années reste une très jolie femme, capable de véritables prouesses. Les hommes de qualité le remarquent. Au premier coup d'oeil.

8 commentaires:

Maxime a dit…

Off: (Hum... moui, pourquoi pas, y'a sans doute moyen de moyenner avec cette Leontine.
Elle semble charmante la Leontine.)

Alors chère Leontine, pensez-vous que vous aimeriez veiller des nuits entières à laver des slips Winnie l'Ourson, des chaussettes Tintin en velcro tout en me racontant passionnément et amoureusement des histoires de ce temps où les shampoings n'étaient encore deux en un, où Gloria et Stéphane ne se connaissaient pas encore?

Léontine a dit…

Mon cher Maxime,

Vous avez l'air d'un jeune enfant tout à fait charmant. J'aime d'ailleurs particulièrement votre prénom, à la fois sauvage et doux.

Je peux vous border, chatouiller votre menton avec quelque doudou de votre confection et vous dépeindre les temps oubliés.

Mais je préfère vous avertir ; les femmes d'expérience sont d'une rare exigence...

Bertille a dit…

En fait, Léontine, vous êtes une Framboise mûre ?

Léontine a dit…

Bertille,
arrête tes idioties, tu sais bien que je déteste quand tu me voussoies...

Framboise a dit…

très chère tataléone, je me suis permise de t'offrir à maxime, pour remplacer sa machine à laver défectueuse. Pas pour lui faire des douceurs.
Le pauvre...
Bertille : quand je serais vieille j'aurai moins de ride. non mais... (bon, par contre elle a encore la ligne grantata, on va pas lui retirer ça. )

Le Sushi a dit…

Je suis rassuré de voir que Framboise s'est remise de sa séparation. Je me sens bien mieux, je commençais à sérieusement m'inquiéter.

Léontine a dit…

Framboise, quelle enfant têtue. Tu n'as pas à me troquer contre quelque appareil ménager...je ne suis venue directement chez toi que pour t'enquiquiner un peu.

Dès lundi, j'irai poser bagage au Crillon. Comme cela était prévu. J'attendais mes malles des Indes, je ne pouvais tout de même pas débarquer au Crillon avec une petite valise de rien du tout. Cela ne se conçoit pas...

Je suis sûre et certaine que tu comprends cela.



Cher Sushi,

Framboise est une dure à cuire.

Avanie a dit…

Mon dieu ! Mais enfin ma tante, à votre âge ces choses là ne se disent pas...

Et Framboise à qui j'ai fait livrer un kilo de macarons en pensant qu'elle était éplorée...

Bertille, je crois que nous avons été enlevée ensemble !